Uncategorized

Almodovar à Cannes : « L’hypnose du Grand Ecran ».

Almodovar me dit : « T’as de beaux yeux tu sais »… Je ne cille pas – on est au téléphone. Il continue : « Le scénario de « La flor de mi secreto » (1995), c’est toi qui va le traduire… tu le réécriras en français. Et on le publiera en bilingue ».

On est en 1996, « La flor de mi secreto » est son onzième film écrit et mis en scène. « Femmes au bord de la crise de nerfs » (1988) a été nominé aux oscars, et « Talons Aiguilles » (1991) a remporté le César du meilleur film étranger. Sa maison de production s’appelle « El Deseo » – bien sûr… Est-ce que cette traduction va « pousser » son oeuvre ?

On est dans les années 90. Ciby 2000, filiale cinéma du groupe Bouygues, est une étoile montante de la production cinématographique. Jusqu’en 2000 elle financera 50 films, (« Twin Peaks » de David Lynch en 1992), dont 4 palmes d’or. « La leçon de piano de Jane Campion (1993), «Underground » de Emir Kusturica (1995), « Secrets et mensonges » de Mike Leigh (1996), « Le goût de la cerise » de Abbas Kiarostami (1997).

« Talons aiguilles » (1991), « Kika » (1993), « La fleur de mon secret » (1995), « en chair et en os » (1997), d’Almodovar sont coproduits par Ciby.

Je m’attelle à la tâche et plonge dans la crise de nerfs de Léo ( magistrale Marisa Paredes) : elle connait le succès avec des romans à l’eau de rose sous le nom d’Amanda Gris… elle rencontre un homme grand admirateur de l’œuvre d’Amanda Gris… Femme en rupture imminente, torturée par création, amoureuse désamourée… Tout Almodovar y est.

« La fleur de mon secret » parait en 1997 aux éditions du Levant. C’est le premier des scénarios bilingues. Il y en aura 4 (« femmes au bord de la crise de nerf », « tout sur ma mère », « la mauvaise éducation ».)

Mais curieusement, Almodovar n’est pas adoré par Cannes. Jusqu’en 1997, ses films ne sont pas nominés. En 1999, « Tout sur ma mère » (1999) reçoit le prix de la mise en scène ( et 7 autres prix), puis ses films font partie de la sélection en 2004, 2006, 2009, 2011, 2016…

Aujourd’hui président du jury de Cannes 2017 ( le festival qui fête, comme bientôt Almodovar, ses 70 ans), Pedro ne mâche pas ses mots. Deux films en sélection sont produits par Netflix et pourraient éventuellement ne jamais sortir sur les écrans de nos bons vieux cinéma. Or, parole d’Almodovar : « tant que je vivrai je défendrai avec passion la salle de cinéma et la capacité d’hypnose du Grand Ecran sur le spectateur ».

Sent from Libero Mobile